crise de production (Securibourse)

par Graham ⌂ @, Luxeuil les Bains, mercredi 15 avril 2020, 02:28 (il y a 158 jours)
édité par Graham, mercredi 15 avril 2020, 02:35

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Le Pr. Raoult annonce ce jour avec prudence une possible fin de l'épidémie et réaffirme sa croyance qu'elle ne serait en rien une crise sanitaire véritable qui ferait dévier anormalement le taux de mortalité moyen observé en cette saison.

Je partage assez son opinion. Ma prévision, il y a un mois, était pour la France un nombre de morts résultant du covid-19 compris entre 20.000 et 50.000 morts plutôt orienté vers la borne basse. Je table désormais sur un nombre de morts total résultant de la maladie compris entre 25.000 et 30.000 morts.

Si ces opinions sont justes et que nous sortions de cette épidémie, d'ici un à deux mois environ, les conséquences économiques de l'épidémie pourraient, grâce aux mesures prises par les Etats, les banques centrales et autres institutions financières, sembler maîtrisables et jugulables.

Le rebond récent des bourses semble aller dans ce sens.

Je n'en crois rien. Mon avis est que la fausse crise sanitaire - qui est d'abord une psychose collective - agit comme un déclencheur de la prochaine grosse crise économique que nous aurons à affronter. Celle-ci ne résulte pas directement de l'épidémie mais des faiblesses et vulnérabilités intrinsèques à nos économies devenues trop complexes, administrativement obèse, dépendantes de l'accès facile aux ressources grâce à la dette, aux modèles médico-sociaux aberrants.

L'argent abondant et irréel inonde les marchés. Mais pour acheter quoi?

Ce que l'on observe partout, c'est un enrayement progressif de plus en plus étendu de toutes les productions par l'apparition de pénuries incessantes. Pour de plus en plus de biens, on observe qu'il manque ceci ou cela pour les produire. A la fin, ils ne sont plus produits par défaut de composants.

Pendant ce temps, on inonde les marchés, l'économie d'argent. Néanmoins si les choses ne sont pas produites, il n'y a rien à acheter et ce qui demeure négociable devient bientôt rare et hors de prix. On ne résout pas une crise de production comme une crise de consommation en injectant de la monnaie. Les actions prises à l'échelle nationale ne sont pas de nature à freiner la contagion destructrice du tissu économique local, voire même mondial. On a l'impression d'être dans l'un des romans célèbres d'Ayn Rand. L'excès d'état, l'excès de centralisme, de socialisme, le dirigisme forcené orchestre magistralement la défaillance progressive de toute industrie productive.

De ces observations, je conjecture deux temps boursiers prochains. D'abord un rebond prochain des bourses assez important de l'ordre de +20% +/- 10%, porté par l'espoir d'une sortie rapide de crise. Dans un second temps, à horizon de 6 mois à 9 mois, une rechute importante et sans ordre des bourses une fois que les opérateurs auront assimilé que la crise économique dans laquelle nous entrons est très différente de toutes celles que nous avons connues ces 40 à 50 dernières années.

Le temps boursier risque d'être à l'image du pays: chahuté. Par habitude, par vieillesse, on ne change pas des schémas mentaux ayant conduit aux succès passés. Quant à ce qui me concerne, je considère que l'époque est tout à fait originale et qu'elle nécessite des schémas mentaux radicalement nouveaux. Ainsi, je reste sur ma position première, soit je reste dehors et vais m'appliquer à être le plus vigilant et circonspect possible.

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Graham

crise de production

par SRV ⌂ @, Lyon, mercredi 22 avril 2020, 17:39 (il y a 151 jours) @ Graham

Je ne partage pas du tout, mais pas du tout, ton point de vue sur la raison de l'injection de liquidités.

Elle n'est pas là pour acheter des actifs, mais pour soutenir les actifs de production.
Ce qui me semble la bonne stratégie car l'histoire montre qu'en sortie de guerre , ce sont les actifs de production qui sont recherchés.

Et on a la chance de ne rien avoir physiquement détruit (les usines, infrastructures etc.; sont tjrs là, tjrs en état de reprendre du service)

La suite, c'est pas un risque de production que je vois, mais un risque de dettes et ses conséquences potentielles (défaut, éclatement euro, les extrêmes au pouvoir etc...)

Une soluce en cours est l'effacement de la dette par la BCE, l'idée fait son chemin.

Une autre est une grosse inflation, bon là l'idée n'est pas encore bien déployée ..
:-)

crise de production

par Graham ⌂ @, Luxeuil les Bains, mercredi 22 avril 2020, 18:59 (il y a 151 jours) @ SRV
édité par Graham, mercredi 22 avril 2020, 20:06

Bonjour,

cette réponse me donne l'occasion de préciser mon intuition.

Les Etats sont nombreux à être endettés. Ils approchent une zone de rupture qui a déjà été touchée par d'autres lors de la crise financière de 2008; avec les conséquences que l'on connait.
Les bilans des banques centrales aussi sont fragilisées et tout à fait hors des normes anciennes.
Les banques commerciales pourraient aussi voir leurs créances douteuses monter en flèche avec le risque d'une destruction de leurs capitaux propres et d'une déstabilisation de tout le secteur bancaire et financier.

Pour autant, l'emprunt des institutions publiques ne posent encore aucun problème; celui du secteur privé commence à poindre avec des difficultés d'emprunt pour un dixième des petites entreprises. Il y a ainsi beaucoup d'endettement, mais pas de crise de confiance, ni non plus de crise de l'endettement.

Le secteur privé toutefois en grande partie est à l'arrêt. Il ne produit plus. On commence à voir certains arrêts résultés de l'arrêt des fournisseurs produisant les composants essentiels. C'est l'effet boule de neige, la spirale auto-réalisatrice. La chute de l'un emporte la chute de l'autre, etc. Une entreprise au bilan équilibré et sain ne peut pas survivre à un arrêt de production qui dure de trop par épuisement de la trésorerie si elle ne parvient pas à compenser cette destruction de trésorerie par un emprunt auprès des banques commerciales. Les banques commerciales cherchent à se garantir du risque de l'augmentation de leurs créances douteuses qui menacerait de faire fondre leurs fonds propres. D'elles-mêmes, elles auraient naturellement tendance à réduire ce risque en limitant les nouveaux emprunts. D'où la nécessité d'une garantie supérieure: celle des Etats. Les Etats essaient de le faire. Faut-il qu'ils y parviennent en ne rendant pas ces dispositifs trop administratifs et compliqués. Ceci on le verra les semaines à venir. Pour ce faire, les Etats doivent eux-mêmes emprunter ce qu'ils prêteront aux entreprises en difficultés. Pour éviter que les taux remontent, ce qui les fragiliserait, les banques centrales doivent les soutenir par des moyens non orthodoxes. C'est très bien aussi. Mais comme il y a dix ans, comme il y a dix-huit ans cela fausse la valeur de tous les actifs.

Donc, si cette crise actuelle et tout à fait extraordinaire de production persiste, c'est le tissu économique privé qui meurt progressivement. Avec celui-ci, la richesse créée dans toute la société.

Supposant que toutes ces mesures réussissent et que l'épidémie disparaît vite, il y aura malgré tout une difficulté à reprendre une production normale. Ne serait-ce que parce que certains fournisseurs auront disparu, mais aussi que les stratégies de déconfinement des Etats seront différentes entre elles et perturberont le cycle des échanges.

La crise de dettes surviendra ou non dans un deuxième temps, soit presque consécutif, soit dans seulement quelques années. Ainsi la crise d'endettement sera un effet de la crise de production.

Bref tout cela pour dire que les risques sont immenses. Pour autant, le risque n'est qu'une menace et ne dit rien sur sa réalisation ou non.
Mon opinion est que le risque, aujourd'hui, n'est pas correctement rémunéré, ni valorisé.

Si ce que je dis sur la crise de production se vérifie ou pire s’accroît, la richesse créée décroîtra fortement et la menace d'une crise d'endettement consécutive augmentera. La conséquente immédiate sur les marchés boursiers est un réajustement brutal des valorisations.

Je précise encore qu'on n'en sait rien. Beaucoup dépend de la durée de la pandémie, de la capacité des Etats à mettre en place les dispositifs de soutien.

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Graham

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