le précipice (Securibourse)

par Graham ⌂ @, Luxeuil les Bains, samedi 25 avril 2020, 02:06 (il y a 80 jours) @ SRV
édité par Graham, samedi 25 avril 2020, 02:23

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Bonsoir Philippe,

Non, je n'ai pas été offensé, ni vexé. Aucune excuse n'est nécessaire.
Ici traînent des personnes au caractère assez affirmé, aux opinions quelquefois tranchées, parfois opposées. Et c'est très bien ainsi. En bourse, comme en tout, il est excellent d'être démenti régulièrement. Le jugement s'affine.
Ici, il y a ordinairement peu d'intervention mais souvent de qualité. C'était plus courant dans le passé. Désormais, les idées sont moins partagées. Un ancien intervenant, Tristus Dolor, disait en son temps qu'une bonne idée vaut chère. Il avait raison. Les personnes s'apprécient, elles se connaissent depuis longtemps. Il y a aussi quelques lecteurs discrets. On serait peut-être étonné de savoir qui ils sont.

J'ai commencé ma phase de capitalisation par une très forte épargne pendant 5 ans avec parallèlement au milieu des années 90 plusieurs acquisitions immobilières à crédit, que j'ai liquidées à partir de 2005 avec le dernier bien en 2008. Depuis lors, j'ai toujours considéré que l'immobilier d'habitation était surévalué. Je crois toujours avoir raison quant à cela, mais trop tôt. Je n'ai pas imaginé alors que le marché immobilier aurait autant pu être soutenu par la facilité d'accès au crédit qu'ont permise les banques dans les deux dernières décennies. J'ai été chanceux. Mes achats n'ont pas été les plus judicieux. J'étais plus jeune et faiblement expérimenté. Néanmoins la hausse immobilière que je n'avais pas envisagée m'a été favorable et m'a permis d'accumuler du capital que j'ai orienté plus tard vers la bourse. A partir de 98 je me suis intéressé à la bourse. J'ai lu les meilleurs et ai compris tôt que l'on était dans une situation de bulle. J'ai commencé à investir massivement durant le krach. J'ai alors eu de très bonnes performances faciles. Ainsi à partir de 2001-2002 jusqu'à 2018 j'ai toujours été investi à au moins 90% et souvent à plus de 100% complètement en actions. Je me suis dans l'ensemble sur cette période bien débrouillé avec le niveau de risque important que j'acceptais. Il y a cinq ans j'ai acquis ma propriété. Je n'investirai pas dans l'immobilier locatif avant la dépression immobilière que j'attends maintenant depuis une quinzaine d'années. Jusqu'en 2018, j'ai toujours considéré qu'il fallait être investi en permanence le plus complètement possible. Depuis, j'avoue que je deviens frileux. Je sens la vulnérabilité de nos économies et la crise actuelle ne fait rien pour arranger puisqu'elle précipite plus rapidement nos économies vers cet excès de dettes que les marchés financiers un jour désavoueront. Alors la France ne pourra plus se refinancer ou sous conditions très strictes qui notamment feront voler notre fameux modèle social que le monde entier nous envie sans pour autant imiter. La France ne me parait pas réformable avant d'avoir frappé le mur de la dette. Dernièrement j'ai énormément liquidé, au pire moment théoriquement puisque c'était au maximum de la baisse. Le risque est la panique, l'erreur du débutant ou du boursier craintif. Pourtant je ne crois pas avoir cédé à la peur et jusqu'à présent depuis plus de 20 ans j'ai toujours été bien plus capable que la moyenne de faire preuve de sang froid. Ma crainte, on l'aura compris à mes messages est la destruction d'une partie de l'appareil productif et la difficulté à le relancer, avec pour conséquence le risque de mettre en évidence l'excès de mauvaises dettes qui existe dans les Etats et l'économie. En effet, j'ai l'impression assez nette que la crise économique dans laquelle on entre est assez fortement différente des précédentes que j'ai connues. Je ne le souhaite surtout pas pour mon pays que j'aime. Mais j'ai fait le choix de m'en protéger, au risque de rater la hausse si je me trompais. Ainsi, présentement je suis investi pour la partie financière (75% du tout environ) à 20% en actions et le reste en liquide. J'ai parfaitement conscience du risque qui pèse sur les comptes bancaires. Néanmoins, je juge que s'il devait se réaliser il impliquerait une perte de 10% à 15%. Ce qui me parait moins risqué que la perte possible en étant investi en actions. Ensuite, je ne le vois survenir qu'après que la crise économique ait provoqué quelques ravages qui se manifesteront chez les banques par un rehaussement des créances douteuses et chez les Etats par des tensions dans le refinancement de la dette. Cela laisse il me semble encore du temps pour réajuster mon positionnement. Le risque bien sûr est à la fois sur les banques et sur les Etats. Bien sûr, c'est très loin d'être certain. Cela dépend de la durée de cette pandémie, de la capacité réelle des Etats et des institutions financières à soutenir les entreprises et la population, etc.

Si je devais résumer brièvement, mes hypothèses pour l'après crise sanitaire sont:
- crise économique forte mais supportable. Les banques tiennent. Les Etats parviennent toujours à se refinancer. Le tissu productif n'est pas trop abîmé, supporte le choc et se relance plus ou moins rapidement. Les PIB retrouvent leurs niveaux antérieurs en deux ou trois ans avec une croissance faible. Au niveau boursier, revalorisation nette malgré quelques survalorisations évidentes (la raison en est au taux bas obligataires)
- crise économique accentuée avec destruction plus importante du tissu productif. Hausse des créances douteuses chez les banques, fragilisation des bilans de ces dernières. Déficits très importants des Etats sur au moins deux ans avec accroissement de l'endettement. Hausse progressive du taux d'intérêt des dettes souveraines et difficulté à les refinancer, difficulté à soutenir une politique keynésienne de relance (capacité d'endettement réduite). Avec la hausse du taux d'intérêt sur les dettes souveraines, accroissement de la fragilité des banques en raison de la hausse des taux d'intérêts de court et de moyen termes. Chômage important et montée de la dette sociale. Rechute boursière conséquente.
J'évalue la probabilité de survenue de ces deux hypothèses à 1/3 pour la 1ère, 2/3 pour la 2de. D'où mon appréhension inhabituelle. Bien évidemment je ne peux pas évaluer justement ces deux hypothèses puisque les facteurs à prendre en compte sont trop complexes à relier. Le plus important concerne la durée de l'épidémie. A titre personnel, j'ai tendance à croire que le caractère saisonnier du virus (opinion différente du consensus) est le plus probable. C'est ce que pour lors j'observe. Mais à nouveau, ce n'est pas une certitude mais une hypothèse. Et malgré cette brièveté que je présume, je suis assez effaré par l'importante destruction de pans entiers de nos économies qui s'annonce. Je ne vois pas comment avant plusieurs mois les populations se mettraient à consommer fortement.

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Graham


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